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La fondamentalité du Père

La fondamentalité du Père
Entretien courtois avec Claudio Risé
La société est en train de redécouvrir le rôle essentiel du père de famille

Claudio Risé est un universitaire italien, professeur de sciences politique, mais aussi psychanalyste jungien de très grande réputation en Italie où ses positions traditionalistes ont été à l’origine de débats. Orientant ses recherches sur le rôle des grands thèmes de la tradition dans la société moderne, il a publié près de quinze essais d’une importance considérable, d’une grande originalité et d’une totale liberté de ton où il étudie les dérives contemporaines que sont l’esprit de jouissance, le narcissisme, la perte de virilité, la disparition des repères identitaires.

Son dernier ouvrage, « Le Père absent », qui examine le coût humain d’une politique fondée sur le triptyque « avortement, divorce, procréation artificielle », a connu plusieurs éditions en Italie et vient d’être traduit en France. Claudio Risé y révèle qu’aux Etats-Unis, par exemple, les enfants élevés en l’absence de père commettent onze fois plus d’actes de violence scolaire que les autres et constituent 85 % des détenus, 70 % des déviants, 63 % des jeunes suicidaires et 90 % des sans-abri. Le Libre Journal publie ici un résumé de l’entretien que Claudio Risé lui a accordé sur l’antenne de Radio Courtoisie.

Le Libre Journal : Claudio Risé, vous accusez d’abord les pères de ne pas tenir leur place dans la construction de l’enfant. Comment expliquez-vous cette absence ?
Claudio Risé : Elle a de nombreuses raisons. Psychologiques et économiques. Du point de vue psychologique, l’Occident est retombé sous l’influence de l’archétype de la « Grande Mère », une force de l’inconscient collectif qui tend à accroître le pouvoir de la mère au détriment de celui du père, conditionnant par là même la culture dominante. Les hommes ont eux-mêmes tendance à se comporter en fils plutôt qu’en mari de leur compagne. Ils manifestent un besoin constant d’être rassurés. Et avec leurs enfants, ils sont moins pères que rivaux. Et puis l’Europe occidentale s’américanisent, les pères sont soumis à l’impératif de fournir le meilleur revenu possible à leur famille. Ils se consacrent donc avant tout au travail et à leur carrière. Aux Etats-Unis, le temps libre des salariés hommes a diminué de 20 % entre les années trente et les années quatre-vingt. Aujourd’hui, les hommes ne se réservent plus assez de temps pour participer véritablement à l’éducation leurs enfants. Enfin, en cas de séparation du couple parental, la législation et la jurisprudence sont très défavorables aux hommes. Les mères se voient le plus souvent confier leurs enfants, même grands adolescents.

Les enfants élevés sans père sont onze fois plus violents

LLJ : Quelle explication proposez-vous à cette inégalité de traitement ?
C.R : De longues décennies durant, tout ce qui se référait au père a été affublé d’épithètes péjoratives tendant à dévaluer les comportements paternels. Des concepts comme « autorité paternelle » ou « puissance paternelle », des mots comme « paternalisme » ou « patriarcat » témoignent de la charge négative de la paternité dans une société qui rejette de plus en plus les hiérarchies naturelles. Depuis un demi-siècle au moins, tout s’est passé comme si le père européen était devenu encombrant. L’homme adulte était apprécié pour ses fonctions d’entrepreneur, de consommateur, mais il ne devait en aucun cas prétendre « jouer les pères ». On commence seulement à redécouvrir l’importance de la fonction éducative du père.
LLJ : Quels sont aujourd’hui les effets de cette situation ?
C.R : Symboliquement, le père est celui qui, par sa présence et son action, dresse un pont entre les enfants qui grandissent et la société dans laquelle ils devront entrer. Alors que la mère exprime avant tout le monde des affects et des besoins. Le père initie à la norme, à la discipline que nous devons exercer sur nous-mêmes, et à l’autorité que nous devons reconnaître à la société. Toutes ces valeurs ont été fortement contestées et sacrifiées à l’assouvissement immédiat des désirs et du plaisir. On en mesure aujourd’hui les conséquences.

LLJ : N’y a-t-il pas aussi une dimension quasi religieuse dans le « métier du père » ?
C.R : Bien sur. Le père qui remplit correctement sa fonction active, chez son fils, la capacité de relation avec la dimension surnaturelle, transcendante. C’est en cultivant cet aspect psychique que l’individu se met en mesure de développer sa relation avec Dieu.

LLJ : Les choses ont-elles tendance à empirer, ou à s’améliorer ?
C.R : Comme toujours, dans les situations extrêmes où la vitalité du groupe humain est elle-même mise en péril (les hommes qui éprouvent une difficulté à se reproduire représentent aujourd’hui 45 % en Europe), l’instinct de conservation développe de vigoureuses réactions. Toute la société prend conscience qu’elle ne peut se passer des pères. Le comportement et la sensibilité des hommes-pères se restaurent à mesure qu’ils redécouvrent la signification de leur rôle d’éducateur. Lors des séparations qui malheureusement continuent d’ augmenter, les maris sont de plus en plus nombreux à réclamer la garde des enfants. Même au niveau social, la pratique de la garde conjointe se répand. Dans ma pratique de psychanalyste, je crois pouvoir dire que chez de plus en plus de jeunes hommes la conscience des valeurs de la famille, de l’affection, et de l’éducation des enfants grandit face à l’hédonisme et aux critères induits par la société de consommation. En bref, le père rentre à la maison parce que la société se rend compte qu’elle ne peut décidément fonctionner sans lui.

Source : Le Libre Journal n° 366 du 17 Décembre 2005
Source: scorpionwind.hautetfort.com

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